Temps de l'église
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Division du jour en unités de temps
Au Moyen Age, le temps de l'Eglise était bien divisé par la cloche qui appelait moines et chanoines à l'office de chœur, pour le chant des "Heures".
C'était encore un temps inégal selon nos usages: le temps du jour était divisé à la manière romaine en périodes d'environ trois heures, celui de la nuit, réparti entre la prière et le repos, était découpé par les vêpres du soir, les matines du milieu de la nuit et les laudes de l'aurore.
C'étaient déjà, cependant, des heures fixent qui imposaient une certaine régularité à la journée de travail des paysans, quoique celle-ci s'étendit sans beaucoup de précision du lever au coucher du soleil.
Le temps du moine et celui du paysan faisaient bon ménage, même s'ils ne coïncidaient pas encore tout à fait. Les choses ont changé avec ce que J. Le Goff appelle le "temps des marchands", qui était aussi le "temps du travail".
Un temps qui devait emprunter à l'Eglise sa cloche, la cloche du travail, une cloche que les ouvriers d'Amiens ont fait pendre au beffroi (infos) afin qu'ils "pussent sonner quand ils iraient, jour ouvrable, à leurs ouvrages au matin, quand ils iraient manger et quand ils devraient reprendre leurs ouvrages".
Or, il se passa quelque chose de surprenant. Rien n'est plus conservateur et tenace que la mesure du temps. Aussi le temps de l'ouvrier a-t-il été d'abord calqué sur celui de l'Eglise, c'est-à-dire sur les heures de l'Office Divin. Celui-ci commençait avec la prière du matin vers six heures, et se terminait avec nones, vers trois heures de l'après-midi. La journée était alors terminée. C'était à Rome le temps du Forum ou des Thermes. En somme, la "journée continue".
Mais, au XIIIe siècle, il arriva d'une part, que ce temps ne satisfît plus aux besoins, soit des marchands employeurs, soit des ouvriers, et, d'autre part, qu'on ne pensait pas encore possible l'invention d'un autre temps mieux adapté (celui, plus tard, imposé peu à peu par l'horloge mécanique).
Alors le temps de l'Eglise fut sournoisement manipulé, pour être plié au temps des travailleurs, par une sorte de compromis. "On a noté, écrit J. Le Goff, que du Xe siècle à la fin du XIIIe siècle un élément de la chronologie diurne évolue: none, d'abord située aux environs de nos actuelles deux heures de l'après-midi, avance lentement pour se fixer aux environs de midi."
Et de poursuivre: "None, c'est la pause du travailleur sur le chantier urbain soumis au temps clérical des cloches. C'est ici qu'on peut imaginer une pression...qui aboutit, par le déplacement de none, à créer une importante subdivision du temps du travail: la demi-journée, qui va d'ailleurs s'affirmer au XIVe siècle."
Voici donc apparaître notre temps moderne divisé en deux demi-journées, le matin et le soir, séparées par le longtemps intouchable repas de midi.
Division de l'année en unités de temps
Le calendrier liturgique catholique s'est élaboré progressivement au fil des siècles. Son dernier remaniement date de 1969, dans le prolongement de la réforme liturgique décidée au Concile de Vatican II.
Dans ce calendrier, le temps dit ordinaire désigne les périodes autres que les deux temps forts célébrés par l'Eglise: d'une part, l'Avent et le temps de Noël; d'autre part, le Carême, la fête de Pâques et le temps pascal jusqu'à la Pentecôte.
Le temps ordinaire (tempus per annum) ou le temps le long de l'année) comprend donc les 33 ou 34 semaines couvrant le reste de l'année: la première période va du lundi suivant la fête du baptême de Jésus (célébré le dimanche après l'Epiphanie) au mercredi des Cendres (non compris); la seconde période s'étend de la Pentecôte au premier dimanche de l'Avent (non compris), qui ouvre la nouvelle année liturgique. Ainsi, le 25 septembre 2011 est le 26e dimanche du temps ordinaire.
Petite curiosité: les semaines du temps ordinaire sont toujours numérotées de 1 à 34, même si l'on ne compte que 33 semaines cette année-là; on saute dans ce cas une unité entre les deux périodes.
Dès les origines, l'Eglise a voulu que les fidèles revivent sur une année entière les événements de l'histoire du salut accomplis par Jésus-Christ. Pendant le temps ordinaire, lorsqu'on ne commémore pas un fait précis de la vie du Christ, de la Vierge Marie ou d'un saint, c'est le dimanche lui-même, "Pâque hebdomadaire", qui est valorisé comme "jour de fête primordial qu'il faut proposer et inculquer à la piété des fidèles" (*).
* Constitution sacrosanctum Cocillium sur la sainte liturgie, 1963.
Le temps ordinaire donne aussi aux fidèles l'occasion de progresser dans leur connaissance et leur compréhension des grands textes bibliques. Pendant les dimanches "ordinaires", en effet, à l'inverse des temps forts de l'année où des lectures sont choisies de façon thématique, on fait une lecture continue des textes (Epîtres et Evangile) de l'année en cours, selon un parcours conçu sur trois années A, B, et C (on est en 2011 dans l'année A, consacrée à l'Evangile de saint Matthieu).
En semaine, on lit les quatre Evangiles en une année et des passages importants d'autres livres de la Bible en deux ans.
L'année liturgique comprend en fait deux cycles qui se superposent. Le temps ordinaire s'insère dans le cycle liturgique de base, dit "temporal". Axé sur les événements de la vie du Christ, ce cycle a prééminence sur le cycle "sanctoral", consacré aux fêtes des principaux saint.
La mobilité de la fête de Pâques et du temps liturgique qui en dépend, le fait que d'autres fêtes à date fixe tombent parfois le dimanche ont conduit à fixer des règles précises qui permettent de combiner ces deux cycles.
Au fil des siècles, on avait ajouté dans l'année de très nombreuses fêtes de saints qui finissaient par éclipser la célébration du mystère pascal lui-même. Pour éviter cette dérive, Vatican II a largement revalorisé la célébration du dimanche, et a par ailleurs réduit le nombre des saints devant être f^tés par l'Eglise universelle, en confiant à chaque Eglise locale, nation ou ordre religieux la liberté de fêter les autres (*).
*Motu proprio de Paul VI Mysterii paschalis sur l'année liturgique et le nouveau calendrier romain pour l'Eglise universelle, 1969.
Aujourd'hui, pendant le temps ordinaire, les dimanches sont toujours célébrés, sauf s'ils coïncident avec une grande fête dite "solennité" du Seigneur, de la Vierge ou des saints (leur nombre est limité à onze dans l'année). En semaine, on célèbre toujours les fêtes et les mémoires "obligatoires" des saints; les autres jours de la semaine, on a le choix entre les messes du temps ordinaire, les "mémoires "facultatives" et les messes consacrées à des dévotions diverses (dites "votives").
Chez les protestants, l'année liturgique est rythmée d'une façon proche de celle des catholiques, hors les fêtes de la vierge Marie et des saints. Comme les autres temps de l'année, le temps ordinaire a des "spontanés" spécifiques; ce sont les courts chants ou "répons" que l'assemblée reprend avec l'orgue et qui ponctuent les différentes parties du culte.
Les lectures bibliques des dimanches sont désormais communes aux protestants et aux catholiques, avec toutefois une certaine liberté laissée au pasteur protestant pour choisir les textes sur lesquels il fera sa prédication.
Quant aux couleurs liturgiques, l'Eglise luthérienne et quelques Eglises réformées utilisent les mêmes que les catholiques, en plaçant par exemple une bande de tissu de couleur sur la Bible ouverte. Mais cette pratique n'est pas majoritaire dans le monde réformé.
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Pour les orthodoxes, "le temps de l'Eglise n'est jamais ordinaire!", affirme avec conviction l'archiprêtre Serge Sologoub. "On ne vit pas le temps d'une manière banale, confirme le théologien Michel Evdokimov, il y a toujours quelque chose à dire, on est toujours en chemin vers une fête du Christ, de la Vierge Marie, d'un saint…"
Le monde orthodoxe compte en effet de très nombreuses fêtes de saints, quatre temps de Carême: le Carême de Noël, le Grand Carême de Pâques, le Carême précédant la fête de saint Pierre et de saint Paul et le Carême de la Dormition (Assomption).
La notion de temps ordinaire est donc peu employée. Dans la liturgie orthodoxe, deux cycles se chevauchent: le premier, qui comprend notamment les fêtes fixes, s'ouvre le 1er septembre sur la fête de "l'Indiction" ou Nouvel An ecclésiastique (le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople en a fait une fête de la protection de l'environnement).
Le second cycle commence après le dimanche de Pentecôte, il ouvre le temps eschatologique, le temps du Royaume. On compte les semaines à partir du dimanche de Pentecôte. Les couleurs des vêtements et ornements liturgiques sont plus variées que chez les catholiques.
Leur emploi est relativement codifié dans les Eglises dépendant du Patriarcat de Moscou. En revanche, dans le reste du monde orthodoxe, deux directives seulement prévalent: utiliser des couleurs sombres pendant le Grand Carême pascal et des vêtements lumineux le jour de Pâques.
Béatrice Bazil – Lacroix 24-25.09.2011
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