Librairie Fontaine Luberon
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Choix d'Alain Vauprès Librairie Fontaine Luberon
Libraire-conseil

Patrick Ollivier-Elliott
Luberon Pays d'Apt
Carnet d'un voyageur attentif
Editeur: Edisud
Date de parution: 9 juillet 2007
288 pages - broché
Code ISBN: 978-2-7449-0691-6
Prix: 27 €
En 1991, Patrick Ollivier-Elliot publiait chez Edisud "Luberon, carnets d'un voyageur attentif", qui reçu le Grand Prix de l'édition régionale de Provence et le Prix de l'Académie de Marseille.
Pour répondre à cette question que lui posait son éditeur: "Le Luberon a-t-il vieilli ? Ou plus exactement, ce pays a-t-il en quinze-vingt ans beaucoup changé?" Patrick Ollivier-Elliot a repris son bâton de pèlerin, sa besace, son carnet de note et sa plume à dessin, et a revisité chaque village, chaque site, afin de publier, en mai 2007, Luberon Pays d'Apt.
Extrait - pages 5 à 6
Luberon,
Ce nom seul fait réver la moitié des français, un tiers de l'Europe et un Américain sur dix. Qui d'ailleurs, presque tous, associent sous ce vocable la montagne elle-même (ce modeste mont de "Leberoun"), ses vallées bordières et les Monts de Vaucluse qui lui font face.
Raconté par certains comme le Paradis retrouvé, présenté par d'autres comme un repli vers le nord des habitués de la Côte d'Azur, son image ambiguë m'inquiétait, et c'est avec la crainte respectueuse du gavot descendant vers les riches vallées à grains que je me suis approché de ce pays que l'on appelle Luberon.
Et j'ai découvert que ce n'était pas du tout ce que j'avais imaginé!
De vieux et nobles villages - accrochés à leurs juchoirs et aux toits mangés par la trique-madame - montent la garde aux portes de chemins secrets; des troupeaux arpentent les collines; les récoltent poussent dans les plaines le long desquelles les peupliers tracent des soutaches d'or à l'automne; dans les villages, les boulangers enfourment encore à la pelle de bois; de grosses demeures, bardées de remises à voitures et de fenils, font tinter la cloche à l'heure de l'oille; dans les galeries de mine percées Dieu sait quand, des artisans vont gratter l'ocre qu'ils laveront ensuite dans des bassins et des rigoles creusées par quelque Gallo-Romain;
les montagnards descendent une fois la semaine vers la ville échanger leurs volailles à odeur chaude contre les produits de la civilisation; d'infimes alambics à lavande étouffent tout un vallon de leur fumée blanche, sucrée et épaisse comme un nougat; des sangliers s'aventure à dîner d'un jardin potager, puis se coulant par d'inextricables pertuis, retournent bauger dans les coteaux d'yeuses; à la tombée du soir, les coassements des crapelets donnent la réponse au croassement des corbillats; des hennissements de chevaux ou des bêlements de moutons vibrent doucement dans le rond des prairies, et leurs appels font chauvir les oreilles d'autres chevaux et moutons; la verticale d'un clocher se met à sonner et donne le signal d'un concert de réponses assourdies; un pâtissier égoutte les fruits confits qu'il vient de sortir de sa marmite;
un abbé rentre à bicyclette vers sa cure, et son lumignon grelotte le long de la route; là-haut, vers le mont sans nom, un berger s'installe pour dormir dans son cabanon de pierres sèches; la pleine lune traverse la nuit et sa lumière bleue réveille un castor du Calavon, qui se remet hâtivement à son chantier; au petit matin, un potier réhumecte son bloc de terre et commence à tourner dans la fraîcheur de son atelier; le café fume dans les cuisines et son odeur ébouriffe les coqs; un autocar fatigué monte vers le gros bourg et déverse un bouquet d'enfants dans un préau d'école; sur un coteau bordé de cistes verdâtres, un paysan enveillote ses foins frais, et leur parfum ouvre l'horizon sur un monde sans souillure.
Attention cependant, les paradis se méritent, et celui-ci, pour se livrer, demande un peu de curiosité - lever la tête, regarder autour de soi, humer les vents - et même quelques efforts: marcher, grimper des sentiers, trouver les heures d'ouverture des églises, apprendre l'histoire du pays pour en comprendre la vie, et surtout prendre le temps de déguster chaque découverte. Car sinon, Robion restera un alignement de supermarchés le long de la route, Gordes un parking de bus, Roussillon la cohue des terrasses, Apt un embouteillage, Viens, Castellet et Montjustin des fantômes, les arbres le long de la route des Alpes un danger à tronçonner de toute urgence, et le Calavon une énurésie.
"Pour connaître ce pays, il faut y venir par la poussière des chemins, et la tête dans les nuages" écrivait François Morenas, pionnier des découvreurs et créateur des sentiers du romantisme perdu.
Cette approche - assurément la meilleure pour s'imprégner d'une région - associe symboliquement les deux pôles entre lesquels le Luberonnais a toujours oscillé: la plaine et la montagne. "Les hommes de la plaine se tournent intuitivement vers les montagnes comme le tournesol vers l'est, à la recherche de leurs racines; [...] L'ex-route du sel est devenue la route du ciel" dit Jean-Paul Clébert qui, depuis cinquante ans, observe et raconte l'esprit du Luberon, et en nourrit la mémoire.
Et ces racines sont si profondes que "quand nous racontons à nos enfants l'aventure stupéfiante du monde, les images d'Epinal deviennent spontanément, nécessairement, des images de Luberon", observe Serge Bec et René Bruni, historiens et consciences du pays d'Apt.
Ainsi posées par le quatuor Morenas-Clébert-Bec-Bruni - incontournables grands maîtres de l'alchimie de l'âme de cette Provence - ces clefs initiatiques vont vous permettre d'accéder à la vision de ce pays (qu'il faut bien se résigner à appeler "le Luberon" puisque la mode l'exige), dont les personnages ont des truculences à la Pagnol, et les paysages des violences à la Giono.
Alors en route pour les bonheurs fous.
Extrait - pages 209 à 212
SIVERGUES
(Villa Severanica, époque gallo-romaine)
"Entre ciel et terre, un refuge créé par la nature pour être un jour voué au mysticisme" (René Bruni).
Cette belle définition décrit parfaitement ce lieu étrange, à la fois inquiétant et attrayant, ce bout du monde, en équilibre sur des rochers branlants à l'extrémité d'une route impossible qui s'arrête là, épuisée d'avoir déjà accompli l'exploit d'aller jusqu'à Sivergues.
Ce document de Google Earth ne figure pas dans le livre.
C'est un site chargé d'histoire, que son éloignement et ses innombrables grottes et abris sous roche ont toujours voué à un rôle de refuge. Cela a dû créer un réflexe particulier chez ses habitants, car à voir la façon dont sont bâties les maisons, en déséquilibre sur un bord de rocher, ou accrochées comme des sangsues à flanc de falaise, ou encore posées sur une dalle en saillie que rien ne soutient si ce n'est la foi, il semble que la notion de construction à plat sur un sol normal soit insupportable, et que les Siverguois ne se sentent bien qu'au bord du vide, comme des oiseaux prêts à s'envoler.
Quelques points d'Histoire
Les abris sous roche, aménagés depuis la nuit des temps, témoignent d'une présence humaine très ancienne, mais en revanche n'ont livré que peu d'objets. Un oppidum a été identifié sur le plateau qui domine Champs (grandes murailles en pierre sèche à angles bien appareillés, et escalier aménagé dans une faille descendant vers Champs).
Sous la colonisation romaine exista un domaine, la villa Severanica, dont le nom fut déformé au haut Moyen Age en Sex Virgae (1067), altération qui au XVIIIe siècle donna lieu à une charmante légende envoyant la femme de saint Castor créer, avec six vierges dont leur propre fille Percularite, un monastère féminin et baptiser le lieu Six Vierges.....
Durant les grandes invasions, la population remonta dans les grottes et abris sous roche, ce qui explique que l'on ne sait plus dire aujourd'hui si les habitats rupestres et tombes du même métal des Gros, des Perrins ou de Paris, datent de la préhistoire ou des années noires d'avant l'an mil.
Au début du deuxième millénaire, un habitat regroupé s'installa sur le rocher du Castellas autour d'un petit fort; une chapelle Saint-Trophime y fut construite au XIIe siècle.
Comme tous ses voisins, cet habitat fut dépeuplé fin XIVe, aussi pour redonner vie au pays, huit familles de paysans alpins furent importées à partir de 1501; les derniers habitants du Castellas abandonnèrent alors leur rocher, et un nouveau village fut créé autour du fort de l'Archidiacre (ce nom, venant de l'archidiacre Bruni d'Apt, a été transformé en La Sédiaque).
Les nouveaux arrivants étaient de confession vaudoise: ils apportèrent avec eux leur religion - dont on aura largement l'occasion de reparler dans le pays -, leur mode de vie et leur belle architecture voulant que la maison soit à la famille ce que l'induvie est à son fruit: un rempart physique et morale face aux agressions du monde extérieur.
Ces Vaudois vivant en bonne intelligence avec les quelques familles catholiques, il semble que les Guerres de Religion n'aient pas ici frappé trop violemment; par prudence, une émigration temporaire vers la montagne se produisit en 1545 après les massacres de Maynier d'Oppède.
Peut-être le village fut-il alors partiellement brûlé, mais on ne trouve pas mention des scènes d'horreur qui marquèrent trop de villages des pays d'Apt et d'Aigues.
A l'issue des Guerres de Religion, Sivergues retrouva une vie paisible, si ce n'est qu'il demeura en perpétuelle chicane avec Saignon, auquel un procès l'opposait depuis le XIIe siècle pour les droits de pacage et de bois.
Peu-être est-ce pour tourner le dos à ces voisins détestés que les Siverguois tissèrent, aux XVIIe et XVIIIe siècles, un maillage de chemins et de relations commerciales et culturelles avec les autres villages protestants, Lacoste, Cabrières et Lourmarin. Sivergues semble alors avoir bien vécu, protégé par son isolement géographique et son autarcie.
En dépit de la domination protestante, le village n'avait pas de temple, aussi le culte se tenait-il - prudence et tradition - dans l'abri sous roche des Perrins, comme pendant les années de la chasse aux Vaudois; en 1849, la tolérance réinstallée, la communauté construisit un temple un peu à l'écart du village, sans doute pour ne pas faire une concurrence trop ostensible à la chapelle catholique.
Puis Sivergue se dépeupla, se vida de ses habitants traditionnels, ceux-ci trouvant sans doute que la civilisation avait quand même du bon.
Visite du village
"Attention, fin de route" dit la pancarte à l'orée de Sivergues. C'est presque vrai car le bitume s'arrête là, mais une piste carrossable continue à travers le Luberon jusqu'à la ferme du Castellas.
En raison de sa taille, le village se visite vite: Sivergues-ville se compose de trois blocs de maisons, reliés par un dédale de chemins et de rigoles taillées dans le rocher.
- Le premier bloc (le plus au nord, face à la chapelle), dit La Grange, est posé sur un rocher en avancée de trois mètres au moins sur sa base, épouvantablement carieux. Dans cette maison - à tourelle ronde, beau porche au pied de la tour, et puits couvert - Chantal Roche expose ses tableaux aux subtils jeux de couleurs, souvent nostalgiques.
Sivergues: La Grange - dessin à la plume de Patrick Ollivier-Elliott.
- Le deuxième bloc (au centre) est appelé la Sédiaque, et la maison du nord serait un vestige du fort de l'Archidiacre comme le laisse penser ses murs épais de près de deux mètres; remarquez le beau porche d'accès sur la cour intérieure et les baies géminées.
L'arche-escalier et la cheminée à chapeau conique sont caractéristiques de l'architecture vaudoise (en fait piémontaise). Une maison troglodyte est bâtie sous le rocher.
- Le troisième bloc est constitué de deux bâtiments; le premier, où est la mairie, est également d'architecture "vaudoise", avec accès à la cour intérieure par un escalier taillé en larges degrés dans le rocher. La grosse maison voisine possède un réseau de rigoles et un bassin creusés dans la masse.
L'église Saint-Pierre-et-Sainte-Marie
Ce serait plutôt une chapelle par sa modeste taille (due au peu de catholiques lors de sa construction au XVIe siècle): une courte nef, une abside et un clocheton-mur à une cloche; à l'extérieur se voient les traces d'une salle rupestre autrefois reliée à la chapelle.
A l'intérieur, minuscule chœur sous cul-de-four occupé par un imposant autel de pierre, et voute de nef bleu ciel préfigurant le Paradis. Voyez les fonds baptismaux de 1710, la statue en bois doré de cette pauvre sainte Philomène (le Vatican lui a retiré l'auréole dans les années 1970), la Béate de Lily Jaumary, le poème-prière de Thomas More, et, sur l'arc triomphal, la date de 1650 qui fut celle d'une réfection.
Personnages
Deux personnages, dont la présence a marqué Sivergues dans les dernières décennies du XXe siècle:
- Jean-Pierre Roche, qui habitait face à l'église et fut à l'origine du renouveau patrimonial du village, inventant et construisant de ses mains des éléments qui aujourd'hui semblent avoir toujours été là. En fin d'après-midi, il entrait discrètement dans l'église, s'installait à l'harmonium et - dans la lumière du couchant qui s'infiltrait par la porte - se lançait dans des improvisations de musique sacrée. Un instant alors, on était hors du monde.
- Dans un tout autre registre, Neptune, un immense gaillard qui vivait à peu près nu toute l'année, juste vêtu d'un vague pagne-string, toujours juché sur des sandales-échasses, et coiffé de tresses relevées façon ananas. Il n'était pas méchant, mais lorsque vous le rencontriez pour la première fois dans le minuscule village, ou marchant sur la route occupé à converser avec ses dieux, il était difficile de ne pas avoir peur.
Le giratoire
Même à Sivergues... Le giratoire est encore tout petit, mais, s'il est bien arrosé, il grandira sûrement.
Aux environs
Le temple
Vous apercevrez le temple avant le village, face aux Perrins: un bâtiment rectangulaire, pas très rigolo, bâti en 1849 grâce aux fonds versés par Sivergues et Buoux, abandonné une cinquantaine d'année plus tard par manque de fidèles, et ruiné par manque d'entretien. Restauré dans les années 1980, il a maintenant meilleure allure à défaut de refaire le plein de clients.
Les Perrins
Le hameau des Perrins (en bordure de la route de Saignon) est également très caractéristique de l'architecture du plateau; son nom vient d'un des paysans qui repeuplèrent la commune en 1501.
C'est une ferme-hameau, avec des porches en berceau, de grandes auges de pierre qui sont d'anciens sarcophages, un puits couvert à bassins multiples, des fenestrons à accoudoirs taillés, et un étonnant passage sous voûtes dans lequel se faufile une ruelle-gouttière taillée dans la masse. Un linteau porte l'inscription WB1640, et la voûte du hangar est datée 1785; l'escalier sur arcade rappelle celui de la Sédiaque.
La calade principale, côté ruisseau, est entièrement taillée dans le roc, avec des gradins rocheux qui montent vers les écuries.
Les jardins suspendus
Une autre particularité du paysage siverguois est le muret gratuit au sommet d'un rocher, trop petit pour être vestige de défense (on en voit un face au village, sur le gros rocher en déclivité): son rôle était de retenir la terre - rare et précieuse - sur les dalles proches des habitations, et éviter que les pluies n'emportent ces jardinets de complément.
Le domaine de Paris
Cette grosse maison fortifiée, dont l'esprit rappelle Chantebelle, le Roucas ou les Perrins, est maintenant une colonie de vacances des Postes belges. Outre les loisirs des sympathiques fritophages, le site abrite des vestiges d'habitat et de sépultures rupestres.
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Sur place, livre d'une main et carte IGN (Top 25 3242OT Apt) de l'autre, à vous maintenant de découvrir la ferme-hameau des Longs, la ferme du Castella, le hammeau du Castellas et sa chapelle Saint-Trophime, Chantebelle, ferme fortifiée mystérieuse (propriété privée), intégrée dans une paroi rocheuse, face au Rocher de l'Aiguille et au Fort de Buoux.
Commentaires
• Livre remarquablement documenté et illustré de Patrick Ollivier-Elliott!
• On n'a pas à revenir sur les vertus du "guide" de Patrick Ollivier-Elliott: un savoir pléthorique asséné en douceur par la grâce d'un humour ravageur, une écriture ciselée, un ton inimitable... et toujours la poésie au détour d'un chemin ou de l'Histoire. Depuis sa première parution en 1993, ce livre est devenu une véritable bible sur le Luberon, livre de chevet et compagnon de voyage.
L'auteur
Patrick Ollivier-Elliott partage son temps entre le Ventoux et Paris où il exerce des fonctions de chef d’entreprise. Il lui faut environ deux ans pour écrire un ouvrage: il se documente longuement, épluche les archives de chaque village, arpente le terrain pour élaborer ses croquis. Son style (sens du détail, humour un brin caustique) reste à ce jour inimité.
Bibliographie
Les monographies régionalistes de Patrick Ollivier-Elliott vous invitent à découvrir, ou revisiter, de part et d'autre d'une ligne reliant à l'ouest, le Mont-Ventoux, et à l'est la Montagne de Lure, ces quatre départements que sont les Alpes-de-Haute-Provence (04), les Hautes-Alpes (05), la Drôme (26) et le Vaucluse (84), du sud de Valence au nord d'Aix-en-Provence:
• 1. Luberon d'Apt (Edisud - 2007).
• 2. Luberon d'Aigues (Edisud - 2008).
• 3. Terre de Sault, Albion et Banon (Edisud - 1996).
• 6. Terres du Ventoux et Carpentras (Edisud - 1997).
• 7. Pays des Sorgues, monts de Vaucluse, et Cavaillon (à venir).
• 9. Pays de Lure, Forcalquier et Manosque (Edisud - 2000).
• 4. Les Baronnies (Edisud - 2001).
• 5. Au soleil du Ventoux (Aubanel - 1987).
• 8. La Provence Verte (Edisud).
• 10. Une Provence des senteurs (Edisud - 2003).
• 11. Vallée de la Drôme et terres voisines (Edisud - 2006).
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