Détail d'une façade en verre sablé d'un récepteur de marque GEA - Villeurbanne - vers 1930

 

  La transmission des sons en relief

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   Première diffusion le 22.04.1944 à Chaillot

 

Les techniciens de l'électro-acoustique, c'est-à-dire de la transmission des sons par un procédé électrique, ont tiré des moyens couramment employés jusqu'à présent pour progresser encore dans leur spécialité, poussent-ils désormais leurs investigations dans une voie différente qui comporte des ressources inexploitées: celles de la stéréophonie, ou du "son en relief".

 

La Radiodiffusion nationale (RN - infos) dont l'un des principaux ingénieurs et chefs de service, M. J. Cordonnier, a entrepris la réalisation de la stéréophonie avec la collaboration technique de la Société Nouvelle des Etablissements Gaumont ( SNEG 1939-1974 - infos), qui se dispose à l'appliquer au cinéma – a fait le 22 février au Palais de Chaillot, une démonstration d'émission stéréophonique en présence de personnalités du monde musical et des représentants de la presse.

 Palais de Chaillot

Auradon, Pierre. Le Palais de Chaillot. / Photographies de Pierre Auradon; préface d'Amédée Fayol. Paris: Éditions de Vair, 1948. Le Palais de Chaillot est l'oeuvre des architectes Azema, Carlu et Boileau; celle-ci étant formée de deux ailes en courbe qui descendent vers la Seine fut construite pour l'exposition internationale de 1937. Entre ces deux ailes l'esplanade des droits de l'homme domine la vue sur la Tour Eiffel et le Champs de Mars.

 

 

L'avantage de ce procédé est mis en évidence par comparaison avec l'inconvénient rédhibitoire des précédents, qu'il nous faut donc préciser.

 

Il est reproché à l'enregistrement radiophonique d'affaiblir, voire de supprimer certaines sensations propres à l'audition directe, notamment celle "d'espace sonore". En d'autres termes, lorsque nous écoutons un orchestre dans une salle de concert de l'une des places où l'acoustique est la meilleure, soit, admettons-le, d'un fauteuil situé au centre du parterre, non seulement nous apprécions les différentes hauteurs des sons, les variations de leur intensité, la variété de leurs timbres, mais encore, même les yeux fermés, nous localisons les divers instruments à leur place exacte, à gauche, au milieu ou à droite de l'orchestre, parce que leurs ondes sonores nous en viennent directement sous des angles plus ou moins ouverts.

 

De plus, selon que nous écoutons plus attentivement telle ou telle catégorie ou famille d'instruments: violons situés en avant de l'estrade, bois placés au centre, cuivres ou instruments à percussion relégués au fond, nous avons conscience aussi de leur distance. D'où les effets de perspective sonore dont certains compositeurs tirent habilement parti.

 

Cette notion d'éloignement nous est donnée par les sons réfléchis sur les parois de la salle et dont les angles d'incidence sont aussi plous ou moins ouverts selon que leur source est proche ou éloignée. Enfin les sons, directs ou réfléchis, qui nous parviennent selon une certaine obliquité, de la gauche ou de la droite, ne frappent pas nos deux oreilles avec une égale intensité à cause de l'obstacle formé par notre tête même.

Perception des sons dans une salle de concert

L'auditeur, dans la salle de concert a la sensation d'espacement des instruments par la différence des angles sous lesquels lui parviennent les sons directs (- - - - -) et la notion de leur distance par l'ouverture des angles des sons réfléchis (. . . . . .) sur les parois de la salle. Chaque onde sonore réfléchie l'est, en réalité, sur toutes les parois. Nous ne représentons sa réflexion que sur le mur le plus proche, pour la clarté du schéma.

 

 

Cet affaiblissement du son pour une oreille par rapport à l'autre, appelé diffraction, peut être évalué au moyen d'appareils dont l'unité de mesure est le décibel. On s'aperçoit alors qu'il est proportionnel à la fréquence des ondes sonores, c'est-à-dire à leur rapidité et à leur exiguïté. Il est donc plus sensible dans les sons aigus que dans les sons graves.

 

Si minime soit-elle, la diffraction concourt avec le décalage des sons réfléchis et des sons directs, à l'établissement des particularités de l'audition directe. Particularités que l'émission radiophonique et l'enregistrement cinématographique abolissent parce que microphone chargé alors d'absorber les sons, point isolé dans l'espace dépourvu de la dualité propre à notre appareil auditif, ne donne pas lieu à la diffraction et, se trouvant nécessairement placé près de l'orchestre, ne perçoit que les ondes directes.

 

Tous les sons canalisés par son intermédiaire nous semblent provenir d'une seule et même direction, celle du haut-parleur. La stéréophonie remédie à cet inconvénient.

 

L'idée de rendre au son transmis l'espace et le relief est déjà ancienne. Dès 1912, en Angleterre, des inventeurs firent breveter des procédés qui tendaient vers ce résultat. Leur tentatives étaient prématurées. Les grandes inventions modernes ne sont viables en effet qu'à partir d'époques déterminées par l'évolution progressive des techniques dont elles jalonnent les étapes.

 

C'est d'ailleurs pourquoi elles apparaissent comme spontanément et presque simultanément à un moment donné en plusieurs points de la planète. C'est le cas de la stéréophonie, qui s'est fait entendre à des dates relativement rapprochées aux Etats-Unis, en Allemagne, puis en France.

 

Les procédés expérimentés dans ces trois pays ont des points communs, ils se différencient par des ingéniosités techniques propres à chacun de leurs auteurs.

 

Aux Etats-Unis, plusieurs ingénieurs avaient orientés leurs recherches sur l'idée directrice suivante: reconstituer dans une ou plusieurs salles d'audition l'état vibratoire de la salle d'exécution, et plus précisément du bord de la scène où l'on joue.

 

La fidélité de l'enregistrement supposait alors une infinité de microphones placés tout au long de la rampe, reliés à autant d'amplificateurs, lesquels agiraient sur un nombre égal de haut-parleurs dont la disposition imiterait celle des microphones.

 

Les inconvénients techniques résultant de la multiplicité de ces appareils rendaient le procédé impraticable. On réduisit le nombre des organes de transmission à trois microphones, autant d'amplificateurs et de haut-parleurs. Dès 1932, M. Harvey Fletcher organisa à Philadelphie une démonstration de stéréophonie, quoique la période expérimentale ne fût pas close. Aujourd'hui son système donne des résultats assez satisfaisants. Une vingtaine de salles de cinéma l'utilise déjà.

 

En 1935, M. Raymond Braillard, l'actuel directeur général des services techniques de notre Radiodiffusion nationale, et M. Edmond Divoire faisaient à leur tour la démonstration d'un procédé stéréophonique à Bruxelles.

 

Puis en 1938 une démonstration de stéréophonie combinée avec le cinéma avait lieu à Berlin. Tout récemment, M. Herbert Dominik, ingénieur en chef du ministère de la Propagande allemande, directeur de la Société radiophonique du Reich, a fait dans ce domaine des expériences dont nous ne connaissons pas encore le détail.

 

En France, M. Joseph Cordonnier a mis au point le système dont nous avons constaté au Palais de Chaillot les qualités remarquables. Il s'est appliqué à rétablir pour l'auditeur, à la réception, les caractéristiques des ondes sonores qui frapperaient les oreilles s'il se trouvait à la meilleur place de la salle d'exécution.

 

Pour cela, il met à cet endroit idéal un appareil enregistreur qui pourrait être figuré par un mannequin dont les deux oreilles seraient des microphones. Ceux-ci par leurs caractéristiques, leur emplacement et leur orientation, enregistrent les sons directs et réfléchis et subissent le phénomène de la diffraction.

Joseph Cordonnier - Radiodiffusion stéréophonique

La chaîne de transmission simple du procédé habituel: un micro, un ampli sur un haut-parleur (figuré ici en pointillé au centre) confond à la réception chez un particulier tous les sons en un même point de l'espace. Les deux chaînes de la stéréophonie rendent aux sons dans la salle d'audition la direction qu'ils avaient dans la salle d'émission et restituent ainsi la sensation de relief et d'espaces sonores.

 

 

Quand il y a transmission par fil d'une salle à une autre, comme ce fut le cas au Palais de Chaillot, ces microphones sont reliés par deux chaînes distinctes d'amplificateurs à deux haut-parleurs qui libèrent dans la salle d'audition, en leur restituant leurs volumes et leurs mouvements, les sons captés par les micros dans la salle d'exécution.

 

Dans le cas de transmission sans fil, les deux microphones seront branchés sur deux émetteurs dont les ondes ultra-courtes et de caractéristiques différentes seront captées par les deux éléments d'un récepteur double doté de deux haut-parleurs.

 

La mise au point de la radiophonie est donc extrêmement complexe et suppose l'adaptation des postes émetteurs et le renouvellement des postes récepteurs. Son rayonnement ne dépassera guère, au moins à ses débuts, les limites d'une grande ville comme Paris. Vraisemblablement, quelques années s'écouleront avant que l'usage en soit généralisé.

 

Le 1er mars 1945, W47NV commença à émettre à Nashville (Tennessee), devenant la première station de radio FM.

 

La stéréophonie trouvera son utilisation la plus immédiate dans nos salles de cinéma, où elle rétablira des conditions d'audibilité normales. La démonstration du 22 février en fait bien augurer. Elle eut lieu au cours d'un grand concert public dont l'émission fut faite d'ailleurs pour la France entière par le procédé habituel.

Placement des hauts-parleurs stéréophoniques

Dans un salon particulier, les deux haut-parleurs stéréophoniques pourraient être placés soit dans deux angles des murs, soit – ce qui sera indiqué surtout lorsqu'on emploiera la télévision – aux extrémités du poste récepteur.

 

 

La transmission stéréophonique fut réalisée par fil, du théâtre, dans le vaste bar du Palais de Chaillot, où les deux haut-parleurs étaient masqués par un rideau. Musique, applaudissements, rumeurs des spectateurs, tous ces sons retrouvaient si bien dans l'espace leurs directions initiales qu'on se serait presque cru, les yeux fermés, dans le théâtre même.

 

Cette expérience atteste aussi que nos élites conservent, malgré les vicissitudes du présent, leur énergie et leur foi en l'avenir.

 

Jacques Sorbets.

L'Illustration 26 février – 4 mars 1944

 la tour chante, écoutez la108

Après la nationalisation en 1945 des radios privées et la création de la R.D.F, il faudra attendre le 29 mars 1954 pour voir apparaître la diffusion du Programme spécial FM à Paris. L'émetteur situé rue de Grenelle fut remplacé en 1959 par un émetteur plus puissant situé sur la Tour Effel.

Dans son catalogue de 1957 Manufrance présente son 1er récepteur FM

Le 2 mai 1968, au cours d'une réunion de presse commune, Jean Farran (RTL) et Maurice Siégel (Europe 1) annoncent que leurs deux stations vont lancer le 8 mai, de 20H30 à 22H00, une expérience de "radio totale" soit un programme commun en stéréophonie (qui nécessitera l'emploi de 2 récepteurs).

 

Mais c'est France Musique, en 1969, qui diffusera les premières émissions régulières en stéréo. Vers 1972, France Musique diffusait moins de 50 heures/semaine en stéréophonie, car à cette époque, la France était très peu équipée en récepteurs, et la couverture des émetteurs FM ne concernait que 30% des foyers français.

 

 

  

   Prise de son stéréophonique

 

La stéréophonie pour des raisons pratiques s’est développée sur deux haut-parleurs. La première idée de recréer le front d’onde en entier sur l’avant ou tout autour de l’auditeur a été abandonnée pour des raisons de support.

 

La recherche s’est orientée vers la stéréophonie à deux canaux. Les maisons de disques et les radios ont développé des techniques. La plus part faisait appelle à un microphone par haut-parleur. Les essais empiriques ont permis de développer une théorie.

 Technique de prise de son développée par l'Office de Radiodiffusion-Télévision Française

   ► En savoir plus sur la prise de son stéréophonique: cliquer - ici -

 

 

 

  

   Et après...

 

De nombreuses expériences de multiphonies sont faites, c'est la combinaison de certaines anciennes recherches: mur sonore, "rotason" etc... A l'écoute de ces productions souvent remarquablement réalisées, une fois le moment d'émerveillement passé "Ah! Le son tourne", on ressent vite comme un malaise, bien sûr le son est tout autour de vous mais pas près de vous. 

 

Cette couronne sonore laisse un vide entre elle et vous et ce vide crée une sensation de claustrophobie à l'envers. De plus, les gros plans sont très faux, il y a divorce entre l'impression de proximité désirée et l'éloignement obligatoire de l'enceinte qui cherche à la recréer. Pourquoi ne ressent on pas le même malaise à l'écoute de la stéréophonie? 

 

Paradoxalement, ce sont les insuffisances de ce procédé qui le préservent de cet inconvénient. La stéréophonie ne prétend pas inclure l'auditeur dans son univers sonore, elle est pour lui un spectacle qui reste extérieur à lui et même à la pièce dans laquelle il écoute et ce vide entre la ligne des haut-parleurs et lui c'est la distance habituelle entre le spectateur et la scène, la fosse d'orchestre. 

 

Plonger l'auditeur à l'intérieur du monde sonore pose un tout autre problème, il ne peut plus être question de faire référence à une situation de spectacle et cette recherche du réalisme physique porte en elle ses propres contraintes. 

 

Encore une fois, comme il ne faut pas faire de la stéréophonie avec l'esprit et les méthodes de la monophonie, on ne peut pas rechercher la restitution complète de l'espace sonore avec l'esprit et les méthodes de la stéréophonie.

 

Ce sont trois modes d'expression ressenties très différemment par le public et tous les travaux de perfectionnement doivent tenir compte d'abord de ces différences. Pourtant, les recherches qui continuent font penser que tout n'a peut avoir pas été dit.

 

 

  

   CHR - Comité d'Histoire de la Radiodiffusion

 

Fondé en 1981, avec l'appui du ministère de la Communication, le Comité d'Histoire de la Radiodiffusion (CHR) a pour but de rassembler toutes les personnes intéressées par l'histoire de la radiodiffusion sonore et disposées à contribuer à sa construction. Plusieurs universitaires spécialistes de l'audiovisuel collaborent à ses travaux. L'association recueille des témoignages écrits, sonores ou visuels destinés à la recherche.

 

 

  

   Amateur de radios anciennes

 

Le cap des 20 000 modèles français répertoriés par DOCTSF est passé. 63% des modèles est photographié; continuellement les illustrations en noir et blanc sont remplacées par des photos provenant de vos collections.

 

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Nous nous sommes permis de prendre certains visuels et textes que nous avons trouvé sur d'autres site web. Si vous reconnaissez un de vos visuels ou un de vos textes, et que vous ne souhaitez pas les voir apparaître ici, merci de nous en faire part, nous les retirerons sans problème. Si par contre vous voulez voir apparaître vos documents, n'hésitez pas à nous les envoyer.

 

Armoiries du Comtat Venaissin - 1274 à 1791